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    Il y a quelque chose de gentil et de romantique à propos du désir. Dans un certain sens, j'ai toujours eu envie de quelque chose de mystérieux.

    Ce désir pour cette chose inconnue a commencé très tôt dans ma jeunesse.
    Cependant, jamais je n'ai su et je ne sais encore pas aujourd'hui ce dont j'ai eu envie pendant tout ce temps.

    Je me souviens avoir commencé à inventer mon propre petit coin du feu, une sorte de jardin secret avec un grand platane et une boîte à trésors.

    Un jour, j'ai décidé de cacher ma boîte à trésors sous les branches au pied de mon arbre, de sorte que personne n'a jamais pu la trouver, même pas moi.

    Au bout d'un certain temps, je ne savais plus ce que j'avais mis dans ma boîte à trésors.
    Ce fut alors que je commençais à avoir envie de retrouver mon propre secret.
    Puis, je me suis trouvée dans un état étrange, une joie intense lors de la recherche de cette boîte.

    C'est ainsi que j'ai fit connaissance avec mon âme-sœur, la nostalgie.

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    There is something nice and romantic about desire.
    In a way, I've always been longing for something mysterious.

    This longing started very early in my youth.
    However, I never knew, nor do I yet know, what I have been longing for all this time.

    I remember that at the given moment I started inventing my own little cosy corner, a sort of secret garden with a huge old plane tree and a treasure box.

    One day I decided to hide my treasure box under the dry branches on the ground at the foot of my tree, so that no one would ever be able to find it, not even myself.

     

    After a while, I did not know what I had put in my treasure box.
    It was then that I began to want to find back my own secrets.
    I found myself in a strange state, an intense joy whilst searching for that box.

    It is thus that I became acquainted with my soulmate: Nostalgia.







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    Journal d'une femme marin.
    Puerto Jose Banus : lieu de rencontre de (nouveaux) riches.

    Un bateau, c'est comme un poème.
    Chaque bateau doit être unique, avec sa propre couleur et sa propre texture.
    Sinon, ce n'est qu'un lave-linge parmi des millions dans leur port d'attache.

     


    Puerto Jose Banus

     

    "Puerto Jose Banus est un grand complexe snob", me dis-je, en entrant dans le port, debout sur le pont avant avec des cordages lâches autour du poignet, à la recherche du meilleur endroit d'amarrage.

    Tous les lieux appropriés sont occupés par d'énormes yachts. "Nous aurions dû appeler avant pour réserver une place", pense-je.

    Cependant, la chance de recevoir un signe de bienvenue en réponse à une réservation par téléphone ou par radio VHF, aurait été presque nulle en haute saison.
    En revanche, quand on arrive en pleine nuit et par mauvais temps, comme maintenant, personne n'aurait le courage de nous renvoyer en mer, pas même l'impitoyable maître de port d'un tel port de plaisance.
    Et puis, selon moi, cela serait interdit par la loi.
    On peut toujours se faufiler entre les gros ventres de deux grands yachts.

    Le lendemain matin, tandis que je marche sur le pont de mon joli bateau, et regarde le port en plein jour, je sens l'embarras, l'offense, l'impuissance et la confusion ressentis par mon fier navire ; tout ceci à cause de ce poste d'amarrage.
    Ayant été presque toujours le plus beau bateau du port et un voilier qui méritait le nom extravagant de "Kishti", ce qui signifie "le navire", il ne peut pas supporter cette disgrâce.
    C'est le seul bateau vert ; il est emprisonné dans l'interstice entre deux grands yachts à moteur, si hauts qu'il se sent étouffé, comme une petite maison ancienne, protégée par la loi sur la protection des monuments culturels, cernée par les gratte-ciels.

    Tous les yachts, celui du roi d'Arabie saoudite y compris, sont de la même couleur blanche et de la même texture.
    Pour la première fois, ce spectacle m'a fait penser à une sorte de port de plaisance de lave-linge ; d'une uniformité singulière !

    Un silence de mort pèse sur le port. Les riches du monde semblent avoir abandonné leurs bateaux, préférant ces villas climatisées autour de la marina.
    Personne à bord, sauf les hommes de pont qui, très tôt le matin, commencent à nettoyer et à polir les bateaux de leurs maîtres.

    En se promenant dans les rues de Puerto Jose Banus, on n'entend presque que des gens qui parlent anglais. Les seuls espagnols visibles semblent être les serveurs en uniforme, debout devant les portes des restaurants, sans bouger ni cligner des yeux et avec leurs bouches qui semblent avoir été congelées dans un éternel sourire.

    Il n’y a pas beaucoup de possibilités pour faire les courses près de la marina car ici, on ne cuisine pas mais on va au restaurant.
    L'eau n’est que de la boue chlorée. L'électricité est incluse dans le prix mais la prise doit être louée pour la journée.

    Partout des résidences magnifiques avec de beaux jardins.
    Les arbres sont évidemment taillés par des élagueurs qui pourraient être coiffeurs.

    Voici les riches décrépits qui hibernent ; voici un cimetière habité par des fantômes silencieux qui sont embauchés pour nettoyer les bateaux pendant la journée et qui trop souvent dépensent l'argent gagné pour s'enivrer pendant la nuit.

    - Chéri, tout est tellement agréable et propre. Que te manque-t-il ici ?

     


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    Journal d'une femme marin.

    Gibraltar : lieu de rencontre de pavillons de toutes les couleurs.

    C'est de tous les coins du monde que l'on y vient.
    C'est vers toutes directions que l'on en repart.

    La fraternité naît d'un désir commun :
    Accueillir et être accueillis.

     

     

     

    Dans le port de plaisance de Gibraltar, le capitaine du port est d'origine britannique, sa secrétaire est espagnole et son aide est marocain. Ce dernier, Abdul, est un Arabe qui me rappelle mon enfance ; les Arabes incroyablement gentils, polis et modestes de Basra qui travaillaient en Perse, le long de ma rivière, le Karoun.

    Abdul est grand, maigre et bronzé. Il a environ cinquante ans mais il en paraît soixante-dix. Il a seize dents, dont six dans la mâchoire supérieure, m'a-t-il dit. Ses mains sont grandes et calleuses. Son nez est crochu comme le bec d'un oiseau de proie et ses oreilles sont décollées. Mais malgré tout, il est beau, et même très beau, grâce à l'immense gentillesse qui illumine son visage.

    Il vit tout seul dans une petite maison avec une seule petite chambre sans fenêtre et située sur le port. Il travaille à Gibraltar pour gagner de l'argent pour sa famille qui vit au Maroc.

    Nous sommes devenus de bons amis depuis qu'il a découvert d'où je viens, pas d'Amérique du Sud, comme il croyait, mais de Perse, où il a travaillé jadis pendant de nombreuses années.

    Afin de préserver sa vie privée, il est plus logique d'amarrer avec la proue du voilier face à la jetée.

    Étant un petit matelot, quand je quitte mon bateau, et que mon capitaine n'est pas là pour m'aider, je risque un accident susceptible d'entraîner quelques blessures : je dois m'accrocher à la proue, me laisser pendre, puis faire un saut d'environ cinquante centimètres.

    Mais ici à Gibraltar, je sors quand je veux !

    Dès que je suis sur le pont avant avec mon petit panier, tout à coup mon ange gardien, mon Abdul est là sur la jetée pour m'aider. Il m'attend avec ses doigts entrecroisés et les paumes des mains tournées vers le haut : mon escalier !

    Je pose les pieds sur ses mains tandis que je glisse les miennes le long de la proue. Puis il abaisse ses mains tranquillement jusqu'à ce qu'elles touchent la jetée et j'y suis.

    Des badauds nous applaudissent, nous photographient et nous filment : voici ma fierté et la joie d'Abdul immortalisées !

    – Abdul, vous êtes très gentil avec moi, pourquoi ?

    – Parce qu'on se ressemble un petit peu, car nous sommes tous les deux différents des autres.

    Par réflexe, je tourne la tête pour regarder les pavillons de toutes les couleurs des bateaux qui arrivent après un long voyage.

    Il suit mon regard et murmure : « Oui, ce sont les drapeaux du monde entier, mais les gens sont tous les mêmes. »

    – Mais moi, je suis aussi un peu comme eux, je porte les mêmes vêtements qu'eux, je parle la même langue qu'eux, je mange les mêmes plats en savourant le même vin, et mon bien-aimé est l'un des leurs.

    – Oui, vous parlez leur langue, mais vous choisissez vos mots d'une manière orientale.

    – Peut-être est-ce une question de sang plutôt que de peau, non ?

    Il m'apporte chaque jour un cadeau, comme un bouquet de menthe ou de basilic du Maroc, des grenades, des dattes… Et il n'oublie jamais de m'apporter aussi un bidon d'eau qui vient également du Maroc.
    J'en reste perplexe. Pourquoi apporter de l'eau du Maroc, puisqu'elle est pure et limpide ici à Gibraltar ?

    – Mais non, gardez votre eau pour vous. J'adore l'eau de Gibraltar, vraiment, c'est bien car elle ne sent que l'eau.

    – C'est exactement pourquoi vous devriez l'accepter. Mon eau est différente ; elle sent l'Orient et cela est très important pour faire le thé.

    – Comment ça ?

    – Le thé devient un élixir magique qui vous fait croire que vous êtes assise dans votre propre jardin avec votre propre famille…

    Avant de le boire, vous devez fermer les yeux… respirer… et voilà vous êtes là, le long de votre rivière dont vous m'avez parlé… Moi, je vois ma femme qui m'apporte le thé et j'entends la petite qui joue avec la chèvre. Je sens l'odeur de l'acacia que j'ai planté moi-même dans mon jardin, quand il était si minuscule, pas beaucoup plus grand que vous. Vous me rappelez mon acacia…
    Ma femme est si belle…
    Si vous me permettez, j'adore votre chapeau à fleurs. Il siérait aussi à ma femme.

    – Voici, c'est pour elle ! Il est tout neuf ; je viens de l'acheter.

    – Ah… Merci mais ma femme ne porte que des foulards.

    – Mais vous pourriez admirer votre femme à la maison portant un chapeau à fleurs qui lui va si bien, non ?

    Il part, portant mon chapeau à deux mains avec un grand sourire qui montre toutes ses dents.

    Et je pense : « Quel merveilleux sourire lumineux. »


    https://www.oasisdepoesie.org/textes-dauteurs/nouvelles/purana/journal-dune-femme-marin-le-chapeau-a-fleurs/


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    Le livre de sa vie n'était pas encore ouvert. Chaque page en était vide et pure, de la première à la dernière.

     

    En comptant ces pages, une à une. la jeune vierge sentait une grande solitude, une immense anxiété.

     

    Sa virginité n'avait d'égale que celle des pages du livre. Son livre où il n'y avait rien. Son livre aux feuilles si tendres.

     

    Un jour, il lui faudrait écrire là son désir brûlant, ses doutes sans fin, ses amitiés amoureuses, et le fil des jours. Sa chair deviendrait la matière du livre et, au soir de sa vie, la pâte blanche et molle serait un fourmillement d'émotions et de sentiments couchés là.
    Jour après jour.

     

    Elle ouvrit son encrier et trempa la plume.

     

     

     

     

     


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